Comment concilier la protection des mineurs avec la préservation de la vie privée, la protection des données personnelles, et les libertés fondamentales, sans ouvrir la voie à une surveillance de masse ?
Les contenus à caractère pédopornographique pullulent sur le net. Ils sont issus de la terrible exploitation d’enfants, et ce qui est montré constitue avant tout un crime réellement perpétré. Ils sont également dangereux pour les gens qui les voient, notamment les enfants.
Ces contenus criminels font donc l’objet de plus en plus de régulations et de détection automatisées. Mais comment concilier la protection des mineurs avec la préservation de la vie privée, la protection des données personnelles, et les libertés fondamentales — sans ouvrir la voie à une surveillance de masse ?
Certaines entreprises, comme Apple, Google et Meta, pratiquent déjà la détection de contenus pédopornographiques sur certains services (hormis les messageries chiffrées de bout en bout comme WhatsApp ou Signal). La France est particulièrement concernée, avec plus de 310 000 signalements reçus. Ces entreprises procèdent volontairement à ces détections grâce à une dérogation européenne à la directive ePrivacy.
Aujourd’hui, le Conseil de l’Europe envisage, dans sa proposition de régulation communément appelée ChatControl, de rendre obligatoire le scan des communications privées pour y détecter les contenus pédopornographiques — y compris sur les applications chiffrées de bout en bout.
En effet, bien que ces contenus soient illégaux, leur détection automatique ne fait pas encore l’objet d’une régulation. Mais une telle mesure généraliserait la surveillance : chaque média échangé par chaque citoyen devrait être scanné. Quelle est aujourd’hui l’efficacité de la détection de contenu à caractère pédocriminel et de leur signalement ?
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Article rédigé par
Aurélien Francillon
Professeur en sécurité informatique, EURECOM, Institut Mines-Télécom (IMT)
Diane Leblanc-Albarel
Postdoctoral research associate, KU Leuven et anciennement doctorante à l'IRISA dans l'équipe Spicy à l'IRISA
Francesca Musiani
Directrice de recherche au CNRS, Directrice du Centre Internet et Société (CIS), associée à Mines Paris - PSL, Mines Paris - PSL
Pierrick Philippe
Doctorant en cybersécurité à l'Université de Rennes, membre de l'équipe Spicy à l'IRISA
et retrouvez une interview sur la thèse de Pierrick Philippe dans le cadre de la cyberSchool
Photo pexels par ron-lach